mardi 27 octobre 2015

Nord- Sud, une autre vérité ... Hommage.

Mon quartier est un des quartiers les plus bariolés, les plus disparates qu'il soit à Bruxelles: "bobos" branchés, qui viennent se frotter, croient-ils à la "fange de l'humanité", laissés pour compte et "petit peuple" comme moi. 
Quartier toujours entre rires et larmes, espoir et chagrin, entre musiques cosmopolites, les" Allah Akbar" qui s'échappent des fenêtres ouvertes et les disputes tonitruantes des amoureux africains!
Le petit café ( genre bar-tabac) où je vais écrire tous les matins, s'insère entre une belle taverne pompeusement nommée "Maison du Peuple" où...tous les branchés se retrouvent, et, l'ILÔT, d'où sortent tous les jours, un peu reposés, douchés et nourris, ceux que la société a abandonné et ceux qui ont abandonné la société.
Mon petit café fait partie de ces lieux privilégiés où, patron et clients, acceptent leur présence en égaux qui n'ont pas eu la même chance. 
À ces exclus, de temps en temps et l'air de rien, ( car surtout cela doit avoir l'air de rien) l'un ou l'autre fait déposer un café. 
Leur baluchon repose à leurs pieds. 
Ils vont faire durer le café le plus longtemps possible avant de devoir repartir errer dans la ville, en soliloquant sous les regards moqueurs, en attendant la nuit.
Certains rentreront à l'ILÔT, d'autres, s'il fait bon, passeront la nuit dehors.

Alors, ne m'en veuillez pas, si je ne peux me réjouir des festivités grandioses du royaume, ni des naissances princières, ni des coups de canon et de feux d'artifice qui auront coûté des fortunes, tant que cela existera. Surtout ici.

Chacun de nous peut basculer très, très, très vite de ce côté du monde.


Alors quand j'entends parler avec condescendance et mépris parfois des pays du grand sud, avec pour seuls qualificatifs celui de "pays pauvres et misérables", j'ai envie de hurler ( n'est-ce pas mon amie?).
Pays à l'économie dévastée de l'intérieur comme de l'extérieur, exploités honteusement,  gestion déficiente, mais souvent ( sans généraliser, jamais), si humainement riches!

Avec l'avènement des grands ensembles, de la télévision, d'une industrialisation aveugle, des réseaux sociaux et des portables, les familles se sont défaites, dissoutes dans un anonymat de bon aloi.

( Et j'ai si peur pour vous amis du Sud de cette maladie oh combien contagieuse!) 

Nos vieux ( et je suis sur le bon chemin!) sont "casés" dans des "Seigneuries"  s'ils sont nantis, dans des "homes" s'ils le sont moins et dans des centres publiques si la retraite est trop maigre, c'est à dire pour plus de 50% de la population Belge! ( si pas plus je n'ai pas vérifié et je serais de "la charrette!).
Là ils vivront à 5 ou 6 par chambre ( j'ai visité tous ces lieux), qui, aussi bien entretenues qu'elles soient et aussi dévoué ( parfois) que soit le personnel, cela sentira l'urine, le vieux et le désespoir.
Et dans l'une et l'autre catégorie, chacun et chacune y seront désespérément seuls, souvent abandonnés par ceux qui n'ont plus de temps que pour le travail ou pour les distraction, car il ne faut surtout pas voir sa destinée en face!
Alors? 

Alors oui, oui, il y a cette richesse méprisée des pays du Sud: la solidarité.
Les femmes sont seules souvent oui, mais ensemble. Malgré les privations, le désarroi, les tentes ensablées, les petits cubes de béton en ville et même les cases en brousse, laissent échapper des rires et des chants, entre deux défaites, entre deux victoires.

Ahmed, notre guide en Mauritanie ( photo Dimitri Haikin)











La seule image véhiculée par les médias ( et vraie dans certains cas, famine et ventre distendus) n'est pas, Dieu merci, la seule image de l'Afrique.

J'en ai retenu la pauvreté, bien sûr, mais surtout, l'incroyable et farouche volonté de résistance et de foi en l'avenir, l'incroyable et farouche volonté de vivre.
J'ai retenu les grands rires, mêlés d'un peu d'angoisse parfois, par ce que 

" ça va un peu" et que

" ÇA VA ALLER"
Bamba Samory Soueidatt (DBAGANA) photo: BSS.



Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire